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« Forêt-Furieuse » de Sylvain Pattieu (Edition du Rouergue)

Livre envoyé gracieusement par les Éditions du Rouergue.

Le résumé de l’éditeur :

À la Colonie, en lisière de la forêt, il y a des enfants malades, des orphelins et des estropiés, des rescapés. Ils ont des noms à rallonge, La-Petite-Elle-Veut-Tout-Faire-Toute-Seule, Destiny-Bienaimée, Mohamed-Ali, Tout-Le-Fait-Rire. Ils sont divisés en deux groupes, strongues et bitches, et les strongues tabassent, et les bitches ne se laissent pas faire. Ils sont plus habitués à la violence qu’à la tendresse, ça n’empêche pas les amitiés, les amours. Ils ont peur de la forêt, mais elle les attire, ces gamins. Pas loin, un village, enserré dans des montagnes. Comme partout, la lutte des classes règne, entre bergers, paysans, et maîtres des forges.

On trouve des christian, des muslim, des supermuslim. Les vrais supermuslim menacent, ils veulent prendre le village pour leur califat. Il y a des Grands-Incendies et des Grandes-Vagues, des pluies corrosives ou du soleil qui tape dur. Dans Forêt-Furieuse, Sylvain Pattieu fait s’entrechoquer la vitalité enfantine, l’imaginaire destructeur du djihadisme, la violence des guerres contemporaines, sur fond de contes et légendes d’Ariège, de paysages des Pyrénées et de Seine-Saint-Denis. Et puis il y a son écriture, scandée par le rap et nourrie de la langue populaire d’aujourd’hui.

Le contexte de lecture :

J’ai été attirée par la couverture qui m’a rappelé le coup de cœur de l’été 2018 (La Tache Verte d’Anne Labbé)… et les Éditions du Rouergue ayant toujours une publication pointue, intéressante, et diversifiée, on n’est jamais déçus…

J’ai donc demandé un SP et je remercie cette maison d’éditions qui m’a fait, à nouveau confiance, après « Lendemain de Libération » de Daniel Crozes (à lire si vous ne connaissez pas !), paru l’été dernier (oui, j’ai enchaîné les coups de cœur en août 2018 !).

 

Le corps du roman :

Sylvain Pattieu signe un nouveau roman  et ce dernier est vraiment un livre d’aventures mettant en scène une bande de gamins sauvages, des brigands, des extrémistes avec une langue slammée.

Il crée une société post-conflits mondiaux avec des religions qui ont pris le dessus, qui ont redéfini la vie ; les mélanges, les batailles, les bons, les méchants, les enfants, les coups bas, les arcanes, les légendes de l’Ariège, les arbres, les mystères, la nature très présente et la ville, brute… Tout cela fait de ce roman un petit ovni ! Rajoutée à tout ce mélange : la langue !

C’est populaire, avec des trouvailles, des moments slammés, du rap, des références pop ou rap, des moments de poésie pure ou des sentiments ou situations crus…

Un roman étonnant, détonnant, aussi vif que dense, intelligent, complexe… comme une forêt dense dans laquelle on se perd tout en étant sûr du chemin que l’on arpente…

Et, donc, Lisa ?

L’histoire est celle de divers personnages de La Colonie, un genre d’orphelinat, dans un contexte de post-guerres diverses ayant fait des ravages. Les enfants sont traumatisés autant dans leurs têtes que dans leurs corps… et là, à l’orée de cette forêt, de multiples personnages s’entrechoquent, se frôlent, se battent, se menacent, se détestent, s’aiment un peu ou passionnément.

C’est une histoire accrocheuse, les noms sont incroyables drôles ou réalistes, on croise des noms connus revus et corrigés, des descriptifs bien troussés…

Une histoire ? Non, plusieurs qui s’entremêlent, qui se chevauchent, qui se font écho… C’est brut, c’est rude, c’est cru, mais c’est aussi poétique, instructif (merci pour les explications sur les différents spécimens d’arbres), écolo, religieux, politique, et avec une violence guerrière sous-jacente ou pas.

Même si l’histoire m’a emballé tout de suite, le plus important dans ce livre, est l’écriture même de l’auteur entre slam, chapitres courts, références pop, rap, et avec un mélange de langues modernes, argot ou littéraires…

C’est un texte ciselé, pas facile à appréhender au départ mais très vite, on prend l’habitude du phrasé, des chapitres, des apartés et on saute d’un personnage et d’une situation à l’autre sans s’emmêler les pinceaux… (ou les béquilles).

Au final, le gros pavé est envoûtant comme une forêt mystérieuse et on a vraiment envie de savoir comme les enfants, les bergers, les voyous, les mauvais politiciens et les allumeuses vont s’en sortir, comment vont grandir ces enfants qui doivent partir de la Colonie.
On s’attache à eux comme de la grue, on s’amuse de les voir s’ouvrir à la vie et l’amour. On tremble pour tout le monde y compris les mauvais garçons (et filles).

C’est vraiment une belle découverte et le format du texte, certes original, est un atout majeur pour vous recommander cette histoire pas banale !

*

Titre Forêt-Furieuse

Éditions du Rouergue (collection : Brune au Rouergue)

Parution : 21 août 2019

ISBN : 978-2-8126-1833-8

Nombres de pages : 656

Prix (à la sortie) : 23€uros

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